Plusieurs d’entre vous m’ont demandé si je proposais des séances gratuites à partir de janvier. Cette question fait suite aux annonces médiatiques concernant le dispositif « MonPsy ». Face à cet engouement, il est important de clarifier pourquoi je ne participe pas à ce programme.
Il y a quelques mois, le Premier ministre, Gabriel Attal, a lui-même reconnu l’échec du dispositif MonPsy. Malgré des modifications récentes pour le rendre plus attractif, ce programme est rejeté par 95% de psychologues.
Les modifications proposées
Pour rappel, voici les ajustements apportés :
- Le tarif est passé de 30 à 50 euros par séance ;
- La fin du passage obligatoire par le médecin généraliste ;
- Le nombre de séances est passé de 8 à 12.
Ces changements semblent positifs à première vue. Pourtant, ils ne résolvent pas les problèmes de fond. Voici pourquoi.
1. Une atteinte à l’autonomie des psychologues
L’un des principaux problèmes du dispositif concerne l’intégration des psychologues dans des « équipes de soins ». Cette mention est inscrite dans l’article L.1110-12 du Code de la Santé Publique. Cela signifie que les psychologues qui y participent deviennent des professionnels de santé, comme les professions paramédicales.
Or, les psychologues ne sont pas des paramédicaux. Leur travail repose sur une indépendance essentielle pour adapter leurs pratiques aux besoins des patients. Intégrer la profession dans une logique médicale menace cette autonomie et réduit la diversité des approches en psychologie.
2. Un dispositif limité à des troubles « légers à modérés »
MonPsy cible uniquement les troubles dits « légers à modérés ». Cela signifie qu’il exclut de nombreux patients qui nécessitent un suivi approfondi. Pourtant, beaucoup d’entre vous me consultent pour des problématiques complexes : stress chronique, burn-out, harcèlement au travail, ou encore des situations nécessitant un accompagnement de fond, sur le temps long.
Avec MonPsy, les consultations sont limitées et encadrées, ce qui ne me permettrait pas d’exercer pleinement ma pratique ni de vous offrir un accompagnement réellement adapté.
3. Une absence de réponses structurelles aux besoins de santé mentale
Vous êtes nombreux à témoigner des difficultés à obtenir un rendez-vous dans des structures publiques : délais d’attente interminables, manque de moyens, équipes saturées. Le dispositif MonPsy ne résout pas ce problème. Au lieu de renforcer les services publics existants, il mise sur des consultations courtes et ciblées. Cela ne suffit pas pour répondre aux besoins croissants des patients. Cette approche risque même d’aggraver les inégalités d’accès aux soins
Les besoins en santé mentale sont réels et urgents. Mais ce n’est pas en limitant le nombre de séances ou en cantonnant les psychologues à des troubles « légers » que nous pourrons vous accompagner efficacement.
4. Un cadre encore flou
Malgré les annonces, beaucoup de points restent imprécis :
- Les modifications promises n’ont pas été pleinement validées dans les textes officiels ;
- Le remboursement est conditionné à un cadre rigide qui ne laisse pas place à la flexibilité nécessaire pour vous accompagner dans vos parcours individuels.
Pourquoi je reste indépendante ?
Ma priorité reste votre bien-être. En tant que psychologue, je me dois de vous offrir un accompagnement personnalisé, adapté et sans restriction imposée par un dispositif inadapté. Adhérer à MonPsy reviendrait à limiter la qualité de mon intervention et à accepter une vision médicalisée de la psychologie que je ne partage pas.
Je reste convaincue que la prise en charge de votre santé mentale mérite un cadre bienveillant, libre et respectueux de vos besoins spécifiques. C’est pourquoi je préfère continuer à vous accueillir en toute indépendance, avec une approche centrée sur l’écoute, l’accompagnement sur-mesure et la compréhension fine de votre vécu.
